CHARLES II de VALOIS, dit le Magnanime
1297 - 1346
Comte d’Alençon
1326 - 1346
Armes : Semé de France à la bordure de gueules, chargée de huit besants d’argent.
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Charles II fit sa première expédition en Guyenne sous le commandement de son père, et montra devant La Réole ce courage brillant qu’il poussa souvent jusqu’à une aveugle témérité. Après le couronnement de Philippe de Valois son frère, il accompagna ce roi dans la guerre de Flandre, et fut dangereusement blessé à la bataille de Cassel, où il commandait la seconde division.
Quelques contestations de frontières restaient toujours pendantes en Guyenne. Les Anglais faisaient dans Saintes des dispositions menaçantes. Le roi envoya son frère pour observer leurs mouvements ; mais impatient d’agir, le comte d’Alençon surprit la ville, l’enleva d’assaut et rasa ses murs.
Mécontent de cette brusque agression, le roi resta en défiance contre la fougue déréglée de son frère, et hésita longtemps à l’employer. Il reprit un commandement en 1340, dans l’armée qui marcha contre le roi Edouard, et eut quelques escarmouches devant Tournai. La guerre éclatait alors en Bretagne, entre Charles de Blois et Jean de Montfort. Le comte d’Alençon s’y rendit avec la plupart des pairs qui s’étaient prononcés pour le comte de Blois. « Quand ils furent aux champs, dit Froissart, ils estimèrent leur ost à cinq mille armures de fer, sans les Génois qui étaient trois milles…. Ils se trairent pardevant un très fort chatel séant haut sur une montagne par dessus une rivière et l’appelle-t-on Chantoceaux et est la clef et l’entrée de Bretagne… Si l’assiégèrent tout autour et y firent plusieurs assauts. » Le château se rendit. « Puis se délogerent les seigneurs et vinrent par devers Nantes… trouvent entre voies une bonne ville et grosse… Si l’assaillirent fortement… Si fut tantôt la ville gagné, toute robé, et bien la moitié arse et tous les gens mis a l’épée et appelle-t-on la ville Carquefou…. Le lendemain ils se délogèrent et se trairent vers la cité de Nantes. Si l’assiégèrent tout autor et firent tendre tentes et pavillons si bellement et si ordonnément que vous savez que Français savent faire. » Après plusieurs escarmouches, la ville se rendit, et le comte de Montfort resta prisonnier. Le chroniqueur poursuit : « Si issirent de Nantes et allerent assieger Reims…et y firent grands dommages et plusieurs assauts… et ceux de dedans la defendirent aussi fortement et vaillamment. » La ville ouvrit ses portes. Ils assiégèrent après dans Hennebon la vaillante comtesse de Montfort, « qui conforta ses soudoyers. » Ils y échouèrent et allèrent enlever d’autres forteresses. Le comte d’Alençon et l’armée revinrent en Bretagne en apprenant la descente du roi d’Angleterre ; mais une trêve suspendit leurs opérations.
Quatre ans après, Edouard fit invasion en France. Il dévasta la Normandie, et s’approcha de Paris. Philippe de Valois se mit en marche pour l’atteindre. Son frère, le comte d’Alençon, commandait l’avant-garde ; il était de ceux qui raillaient l’ennemi déjà en retraite vers Calais, et qui parlaient de le chasser du bois de leurs lances. Ainsi quand les Anglais s’arrêtant firent tête à cette chevalerie, d’Alençon engagea la bataille sans prévoyance et sans dispositions.
Les troupes, épuisées par une marche forcée sous une grosse pluie, avaient besoin de reprendre haleine. Le roi voulait leur laisser une nuit de repos ; mais, dit Froissart, « le roi ni ses maréchaux ne purent être maîtres de leurs gens, car il y avait là si grands seigneurs que chacun voulait là montrer sa puissance… Si chevauchèrent en cet etat, sans arroi et sans ordonnance, si avant qu’ils approchèrent leurs ennemis… Les Anglois sitôt qu’ils virent les François, se levèrent moult ordonément sans nul effroi et se rangèrent en leurs batailles… » Le combat fut engagé. Le roi avait placé en avant les archers génois au service de la France ; mais, dit Froissart, ils eussent eu aussi cher que néant de commencer adonc la bataille ; car ils étaient mie ordonnés de faire nul grand exploit de bataille. Ces paroles volèrent jusqu’au comte d’Alençon qui en fut durement courroucé et dit : On se doit bien charger de telle ribaudaille qui faillit au besoin… Bientôt les archers anglois firent voler leurs sagettes sue ces Génois que ce sembloit neigé… » Ils jetèrent leurs arcs et s’enfuirent. « Le roi de France, par grand malcontent, quand il vit leur pauvre arroy commanda et dit : Or tôt, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empêchent la voie sans raison… Bien est verité que de si grands gens d’armes et de si noble chevalerie et tel foison que le roi de France avait là, il issit (sortit) trop peu de grands faits d’armes, car la bataille commença tard ; et si estoient les Français fort las et travaillés. Toutefois les vaillans hommes et les bons chevaliers, pour leur honneur, chevauchoient toujours avant et avoient plus cher à mourir que fuite vilaine leur fut reproché. Là étoient le comte d’Alençon, le comte de Flandre, etc….. le roi qui tout frémissoit d’ire et de mautalent chevaucha encore un petit plus avant et lui sembla qu’il se vouloit adresser devers son frère le comte d’Alençon dont il veoit les bannières sur une petite montagne ; lequel comte d’Alençon descendit moult ordonnément sur les Anglois et les vint combattre… moult longuement et moult vaillamment. »
Le comte engagea la bataille imprudemment ; il fut la cause de ce grand désastre ; mais il semble, au récit du chroniqueur, que si tout le monde eût combattu comme lui, sa témérité eût été peut-être racheté par le succès. Il rompit les archers et pénétra jusqu’au prince de Galles dont les gens d’armes fléchirent un instant. Le comte d’Alençon fut tué l’épée à la main à cette bataille de Crécy où périrent le roi de Bohême, dix princes, quatre-vingts bannerets, douze cents chevaliers et trente mille soldats.
Il eut pour femme :
1. Jeanne, comtesse de Joigny, morte en 1336
2.
Marie d’Espagne, fille de Ferdinand de la Cerda II, veuve de Charles d’Evreux,
comte d’Etampes, morte en 1379
Il eut de sa seconde :
1. Charles III , comte d’Alençon, qui entra dans les ordres de Saint-Dominique.
Il fut créé archevêque de Lyon en 1365, et mourut en 1375
2. Philippe, cardinal d’Alençon, qui fut élu évêque de Beauvais en 1356
3.
Pierre II
(qui suit)