JEAN II, de VALOIS, dit le Bon
1409 - 1476
Duc d’Alençon
1415 - 1476
Armes : De France à la bordure de gueules, chargée de huit besants d’argent.
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Jean II, naquit en 1409. Il était encore enfant qu’il portait déjà la lance et l’épée. Il avait quinze ans à la bataille de Verneuil, livrée aux Anglais en 1424. Il y fut blessé et fait prisonnier avec son frère le Bâtard d’Alençon. On les retrouva tous deux parmi les morts. Le jeune duc s’était montré brave, il allait se montrer fidèle. Bedford, estimant sa précoce valeur, le pressa d’engager sa foi au roi Henri de Lancastre ; « et par ainsi, dit Monstrelet, il seroit mis hors de prison et de servage ; et lui seroient rendues toutes ses terres et seigneuries ; disant ledit régent en outre, que si ce ne vouloit faire, il demeureroit en très grand danger tous les jours de sa vie. A quoi ledit duc d’Alençon fit réponse qu’il étoit ferme en son propos, de non, en toute sa vie, faire serment contre son souverain et droiturier seigneur Charles, roi de France. Laquelle réponse ouie par ledit duc de Bedfort, le fit tantôt après ôter de devant lui, et remener en prison. » Il resta trois ans dans la forteresse du Crotoi, et ne sortit que moyennant une énorme rançon. Pour la payer, il lui fallut mettre en vente ses domaines. Le duc de Bretagne lui acheta à vil prix la baronnie de Fougères, et se montra, en outre, peu scrupuleux d’acquitter sa dette. Une guerre s’ensuivit, et elle finit bientôt par la médiation du connétable de Richemond.
Le duc d’Alençon, après cette captivité si longue et cette liberté si durement achetée, n’en reprit pas moins les armes contre les Anglais. Charles VII lui donna le commandement de sa petite armée, 1429. Il marcha avec Jeanne d’Arc contre Jargeau, y fit jouer ses canons et bombardes, et la brèche étant ouverte, la ville fut prise après un rude assaut. Le duc d’Alençon, pour sauver le comte de Suffolk et ses chevaliers prisonniers, les conduisit de nuit dans Orléans. A Patay, il arriva avec le corps d’armée, et acheva les Anglais déjà culbutés par son avant-garde. D’Alençon, que Jeanne appelait le Beau Duc, se montra dans toute la campagne digne de commander cette armée où servait Dumois. Quand elle se fut accrue par les renforts, le duc d’Alençon prit la conduite de l’avant-garde, escarmouchant, et arriva le premier devant Paris, à la Chapelle, à la tête de ses gens d’armes. Campé jusqu’au pied des murailles, il alla lui-même au bord du fossé chercher la Pucelle qui venait d’être blessée et s’obstinait à combattre : il eût pris Paris, sans l’indolence de Charles VII. Ce prince régnant enfin, se souvint des services de son parent, et le tint en haute faveur jusqu’en 1440. A cette époque le duc, mécontent des ordonnances sur les gens de guerre, se jeta dans la révolte du dauphin ; il prit au roi quelques places, reconnut sa faute et obtint son pardon.
Le duché d’Alençon était encore aux mains des Anglais. Le roi, décidé à reconquérir la Normandie, marcha sur Rouen, tandis que le duc Jean alla disputer son héritage aux Anglais. Il commença par sa capital. La bonne volonté des habitants l’aida beaucoup dans cette affaire ; il n’eut que la peine d’assiéger le château où les Anglais ne tinrent pas longtemps. Il alla ensuite devant Bellesme, et s’en empara. Le duc d’Alençon rejoignit le roi aux siège de Caen et de Falaise. Il eût été trop heureux d’y mourir, à la manière de ses ancêtres, car sa vie devait avoir une fin peu digne de son début. Sa gloire, qui venait d’une fidélité héroïque, alla s’éteindre dans d’obscures trahisons.
Jean était mécontent des conseillers du roi. Il demandait des indemnités pour ses pertes, il n’obtint rien ; il réclamait sa ville de Fougères, et ne pouvait se la faire rendre. Poussé, dit-on, par un prêtre qui le dirigeait, il noua des intelligences avec le duc d’York. Il fut arrêté. On l’accusa d’avoir voulu livrer son duché aux Anglais, crime pourtant improbable, car l’Angleterre était en proie aux guerres civiles, et le duc d’Alençon, ainsi que le remarque Sismondi, « n’aurait pu, sans folie, songer à se révolté contre le roi, avec l’aide d’un ennemi qui ne pouvait plus se défendre lui-même ». « Monseigneur, dit-il au roi, je ne suis pas traître ; mais peut-être que j’ai fait alliance avec aucuns grands seigneurs afin de recouvrer ma ville de Fougère, que le duc de Bretagne retient à tort, et duquel je n’ai pu avoir raison en votre cour ». « Le roi lui répondit qu’il avait toujours fait raison et justice à chacun, et qu’il lui ferait son procès tout au long ».
Le duc d’Alençon, en effet, fut traduit devant le parlement et les pairs, et condamné à mort, 1458. Cédant aux prières des ducs de Bretagne et de Bourgogne, le roi commua la peine en prison perpétuelle. Il fut enfermé dans la tour de Loches, d’où Louis XI le fit sortir et lui rendit son duché. Mais furieux et altéré de vengeance, Jean se fit raison par l’assassinat de ceux qui avaient déposé contre lui. Mécontent toujours et ingrat il fut un des chefs de la ligue du Bien public. Pardonné encore, il recommença la guerre civile deux ans après, traita avec l’Angleterre, traita avec la Bourgogne, fit de la fausse monnaie et finit par être de nouveau condamné à mort, 1474. Louis XI réunit ses apanages à la couronne, et lui donna une prison au lieu d’un échafaud. Il fut retenu dans la tour du Louvre jusqu’à sa mort, en 1476.
Mal récompensé peut-être pour ses services, deux fois condamné à mort pour ses crimes, Jean d’Alençon est un de ceux que l’Histoire à peine à juger à son tour. La première partie de sa vie ne peut absoudre la seconde, la seconde ne peut faire oublier la première.
Il eut pour femme :
1. Jeanne, fille de Charles, duc d’Orléans, morte en 1422
2. Marie d’Armagnac, morte en 1473.
Il eut de la seconde :
1.
René
(qui suit)
2. Catherine, qui épousa François, dit
Gui XIV, comte de Laval, et mourut sans enfant, en 1505.
Enfants naturels
3. Jeanne, femme de Gui, seigneur de
Saint-Quentin
4. Madeleine, marié à Henri du Breuil.